center

Le grand festin

Une histoire de la fête du thon

Avant d'être une fête, le thon est une histoire. Ce poisson migrateur, qui remonte l'Atlantique de juin à octobre en suivant les eaux tempérées, est lié à l'île depuis au moins le XVIe siècle. Ce sont les pêcheurs islais qui, au début du XVIIIe siècle, arment systématiquement des bateaux pour lui. Au fil du temps, Port-Joinville devient l'un des premiers ports thoniers de France. Dans les années 1950, il est même considéré comme le premier port thonier français. La pêche au thon germon, saisonnière, hauturière, pratiquée jusqu'aux Açores puis remontant vers l'Irlande, structure toute l'économie et la culture de l'île.

Evolutions d'une pêche

Pendant des siècles, la pêche au thon se pratique à la ligne traînante et à la canne, à bord des élégants dundees, ces voiliers à deux mâts dont la silhouette reste gravée dans la mémoire collective islaise. Cette technique artisanale, fidèle à une tradition ancestrale, commence à décliner dans les années 1960, jugée trop peu rentable face aux distances croissantes. Les dundees étaient la fierté du port. On les voyait partir au printemps et revenir à l'automne, chargés de thon. Toute l'île vivait au rythme de la campagne germonière. En 1986, sous l'impulsion de l'Ifremer, les thoniers islais adoptent une nouvelle technique : le filet maillant dérivant. Les résultats sont spectaculaires — les captures passent de 125 tonnes en 1987 à plus de 2 000 tonnes en 1992. Mais cette réussite attise les tensions avec les pêcheurs espagnols et basques qui pratiquent toujours la ligne traditionnelle. Le conflit culminera en juillet 1994 avec l'abordage violent du thonier islais La Gabrielle par des pêcheurs galiciens dans l'Atlantique. Un reportage de Jean Groc sur cet abordage : C'est par là

La naissance du Grand Festin

C'est paradoxalement une décision européenne qui donne naissance à la fête telle qu'on la connaît. En 1998, puis définitivement en 2002, l'Union européenne interdit le filet maillant dérivant. Pour les thoniers islais, c'est un coup brutal : le thon germon représentait alors près de la moitié de leur chiffre d'affaires annuel. Face à cette menace sur leur identité maritime, la communauté islaise réagit en produisant du local. Commerçants et habitants organisent alors, à la fin de la campagne germonière, une fête du thon collective "Le Grand Festin", jusque-là inconnue sous cette forme. Ce qui était un simple rituel de fin de saison entre pêcheurs devient une célébration publique, ouverte à tous, sur le quai de Port-Joinville. La fête est à la fois un acte de résistance culturelle et un hommage à cinq siècles de pêche au germon.

J.H - novembre 2025

Laissez un commentaire :





Commentaires :