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Presse participative · Cinéma

Portrait · Tollywood · né en 1973

Le cinéma de S.S. Rajamouli

O.Gy Septembre 2026
S.S. Rajamouli
La légende de Baahubali 2015

Si vous n'avez jamais vu un film de Rajamouli, préparez-vous à quelque chose que vous ne pourrez pas vraiment expliquer à quelqu'un qui n'y était pas. C'est trop grand, trop intense, trop sincère pour tenir en quelques mots. Et c'est exactement là que réside son génie.

Qui est Rajamouli ?

Koduri Srisaila Sri Rajamouli est né en 1973 à Hyderabad, dans le sud de l'Inde. Il travaille dans ce qu'on appelle Tollywood, l'industrie du cinéma en langue télougou, qui n'a pas grand-chose à voir avec Bollywood, même si on les confond souvent. À Mumbai, on fait des films de romance et de comédie musicale sophistiquée. À Hyderabad, on préfère les épopées mythologiques, les héros surhumains, les batailles qui durent des heures. Rajamouli vient de là, et il n'a jamais voulu aller ailleurs.

C'est un vrai cinéma de famille : son père V. Vijayendra Prasad écrit les scénarios, son cousin M.M. Keeravani compose toutes les musiques. C'est ce même cousin qui a remporté l'Oscar de la meilleure chanson originale en 2023 pour Naatu Naatu, une première pour un film indien. Difficile de ne pas sourire en imaginant la fête ce soir-là à Hyderabad.

Un réalisateur qui ne laisse rien au hasard

Ce qui frappe quand on regarde ses films, c'est à quel point rien n'est improvisé. Rajamouli storyboarde chaque plan, chorégraphie chaque combat, calcule chaque moment de bravoure pour qu'il arrive exactement là où il faut. Toutes les dix ou quinze minutes, il y a un plan que la salle va applaudir. C'est une mécanique parfaite, mais qui ne ressemble jamais à une machine froide : derrière la précision, il y a une passion évidente pour le spectacle.

Il préfère les effets pratiques au numérique quand c'est possible, et cherche toujours à filmer en vrai ce que d'autres dessineraient sur ordinateur. Quand il utilise des effets numériques, par exemple dans Baahubali, RRR ou Eega où il en use énormément, c'est pour que ça vous fasse quelque chose émotionnellement, pas pour que ça paraisse réel. La nuance est importante.

Eega : une mouche, un chef-d'œuvre

En 2012, Rajamouli sort Eega, La Mouche vengeresse. L'idée de départ : un homme se fait assassiner et se réincarne en mouche pour se venger de son meurtrier. Sur le papier, ça ressemble à une blague. À l'écran, c'est l'un des films les plus inventifs qu'on puisse voir, ça débute comme une comédié romantique anglaise pour se transformer en un thriller de vengeance où le héros fait trois millimètres de long, et où chaque scène pose la question : comment filmer ça ? Le film est primé à Toronto. Rajamouli prouve qu'il est à son meilleur quand les contraintes sont les plus folles.

Baahubali : quand tout explose

Avec Baahubali : La Légende (2015) et La Conclusion (2017), Rajamouli change tout. Il adapte librement le Mahabharata et le Ramayana, les deux grandes épopées de la mythologie hindoue, pour raconter la chute et la renaissance d'un royaume imaginaire. C'est grand comme du péplum hollywoodien, mais avec une énergie qui n'appartient qu'à lui. Baahubali 2 tient toujours le record mondial avec plus de 100 millions d'entrées, plus que beaucoup de Marvel. Rajamouli invente au passage le concept de "Pan-Indian film" : un seul film tourné en télougou, doublé simultanément dans cinq langues indiennes, distribué dans tout le sous-continent le même jour.

« "C'est un sentiment formidable de regarder vos personnages, votre mise en scène, le feu, l'eau, l'histoire, révélation après révélation, c'est le spectacle dans toute sa splendeur. » James Cameron à S.S. Rajamouli

RRR : le monde entier s'emballe

En 2022, RRRRise, Roar, Revolt — explose les frontières. Trois heures de film sur l'amitié fictive entre deux résistants qui s'opposent à l'occupation britannique dans les années 1920. Les scènes d'action sont des chorégraphies, les émotions sont à dix mille mètres d'altitude, et il y a une séquence de danse : Naatu Naatu, qui devient virale partout dans le monde quelques semaines après la sortie du film sur Netflix. L'Oscar qui suit en 2023 n'est pas une surprise pour ceux qui avaient regardé. Lien pour voir la séquence de danse

Ce qui est touchant dans l'histoire de RRR, c'est que ce film n'était pas destiné à l'Occident. Rajamouli faisait un film pour son public, avec ses codes, son rythme, sa démesure. C'est le public qui est venu à lui que ce soit en Amérique, au Japon, en France, parce qu'il y avait dans ce spectacle quelque chose d'universel et de désarmant. James Cameron a vu le film deux fois d'affilé et a voulu visiter les studios de Rajamouli après avoir vu ce film. Lors d'une interview, il lui a proposé de venir travailler à Hollywood.

Trop sincère pour être ignoré

On peut reprocher à Rajamouli beaucoup de choses : le manichéisme, l'excès, les scènes qui durent deux fois trop longtemps, le patriotisme parfois gênant. Mais on ne peut pas lui reprocher d'être hypocrite. Chaque excès est signé, chaque larme est assumée, chaque moment improbable est là parce qu'il a décidé qu'il devait y être. Et dans un cinéma mondial où tant de films semblent faits par algorithme, cette sincérité-là fait beaucoup de bien.

Son prochain film, Varanasi, attendu fin mars 2027, mêlera voyage dans le temps et mythologie hindoue, avec Mahesh Babu dans le rôle principal. La salle sera probablement debout avant la fin. Ce sera mérité.

OG
O.G · Rédacteur·trice participatif·ve
Septembre 2026

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