À mi-chemin entre le do et le ré, il existe tout un univers sonore que votre piano refuse catégoriquement d'explorer. Là où notre système tempéré s'en tient sobrement à 12 notes par octave, les microtonalistes répondent : et pourquoi pas 17 ? Ou 31 ? Ou 72 ?
Une histoire de désaccord
La musique microtonale, c'est l'art de s'aventurer dans les intervalles que la tradition occidentale a décidé d'ignorer depuis environ quatre siècles. La réponse honnête à leur ambition serait « parce que les claviers deviennent vite absurdes », mais ce n'est clairement pas suffisant pour les arrêter.
Le quart de ton
L'histoire est longue et fascinante. Les Grecs de l'Antiquité utilisaient déjà des quarts de ton. La musique arabe classique regorge d'intervalles sans nom en solfège occidental. Et les compositeurs du XXe siècle — Alois Hába, Harry Partch, Ivan Wyschnegradsky — ont chacun inventé de nouveaux instruments. Harry Partch mérite une mention particulière : non content de diviser l'octave en 43 tons distincts, il fabrique ses propres instruments, dont le Quadrangularis Reversum, dont le nom seul devrait faire partie du patrimoine immatériel de l'humanité.
Mais est-ce que ça sonne bien ?
C'est ici que les opinions divergent — ce qui est très approprié pour une musique fondée sur le désaccord. Ben Johnston aimait rappeler que ce qu'on appelle « justesse » en musique occidentale n'est en réalité qu'un compromis pragmatique. Notre do dièse n'est pas vraiment juste, il est juste acceptable.
« Demandez à n'importe quel violoniste s'il joue vraiment en tempérament égal. Il dira oui. Il ment. »
La microtonalité à l'ère numérique
Les logiciels ont tout changé. Des artistes comme Aphex Twin, Björk ou King Gizzard & the Lizard Wizard ont glissé des éléments microtonaux dans leur musique. Et aujourd'hui, le succès du groupe Angine de Poitrine a remis la microtonalité au goût du jour. Le mieux est encore d'aller les voir dans l'un de leurs nombreux concerts prévus en 2026.
Comment commencer à écouter ?
Commencez par la musique moyen-orientale ou indienne, qui intègre les microintervalles de manière organique, avant de vous aventurer vers les territoires plus expérimentaux. Votre cerveau risque de passer les premières minutes à chercher une note familière à laquelle se raccrocher. Et si après tout cela, vous trouvez encore que ça sonne faux — c'est peut-être simplement que vous n'êtes pas encore prêt.
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