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Apprendre l'ennui

L'apprentissage oublié

Dans un monde où chaque minute creuse est immédiatement comblée par un écran, un scroll, une notification, l'ennui est devenu une expérience rare. Pour les adolescents d'aujourd'hui, ne rien faire est presque une transgression. Et pourtant, s'ennuyer pourrait bien être l'une des choses les plus utiles qu'un jeune puisse apprendre à faire.

L'ennui comme espace de construction

L'ennui n'est pas un vide. C'est un espace. Lorsqu'un adolescent se retrouve sans programme, sans stimulation immédiate, quelque chose se met en marche : il pense, il rêve, il invente. C'est dans cet entre-deux inconfortable que naissent les passions, les projets, les vocations. Le cerveau en repos n'est pas un cerveau à l'arrêt — c'est un cerveau qui travaille autrement, qui connecte, qui imagine, qui se cherche. Les neurosciences l'ont confirmé : le réseau dit « par défaut » du cerveau, celui qui s'active précisément quand on ne fait rien de particulier, joue un rôle essentiel dans la créativité, l'empathie et la construction de l'identité. L'ennui, en somme, est neurologiquement productif.

Ce que les écrans ont volé

Le problème n'est pas que les adolescents s'ennuient moins, c'est qu'ils n'ont plus le temps de le faire. Le téléphone portable est devenu le meuble anti-ennui par excellence : disponible à toute heure, il offre une stimulation instantanée et infinie qui court-circuite toute possibilité de vide intérieur. Résultat : une génération hyper-connectée, surinformée, mais parfois étrangement démunie face au silence et à elle-même. Apprendre à poser son téléphone, à regarder par la fenêtre, à ne rien faire pendant vingt minutes sans ressentir une angoisse diffuse, voilà ce qui est devenu, paradoxalement, une compétence rare.

Une équipe réduite

Composée de quatre personnes, à qui Dominique Bordes donne la direction en produisant les idées, la maison est une « machine littéraire qui fonctionne bien ». Son moteur : « Trouver des textes à publier, le faire le mieux possible et trouver des lecteurs pour ces objets qu'on a créés avec la qualité la plus aboutie possible ». Un modèle artisanal qui n'a pas empêché de beaux succès : en 2012, le roman Karoo de Steve Tesich s'écoule à plus de 50 000 exemplaires, en 2018, l'album Moi ce que j'aime c'est les monstres d'Emil Ferris, Fauve d'or 2019, dépasse les 100 000 ventes.

Redonner le droit à l'ennui

Cela suppose un effort collectif. Des parents capables de tolérer un enfant qui traîne sans but. Des emplois du temps scolaires qui laissent des plages de liberté non structurée. Une culture du temps libre qui ne confonde pas repos et divertissement. L'ennui ne se décrète pas, mais il se protège. Il faut créer les conditions pour qu'il advienne : couper le wifi, sortir sans destination précise, laisser un après-midi entier sans plan. Laisser l'adolescent trouver, par lui-même, ce qu'il veut en faire.

C'est souvent dans ces moments-là, dans ce creux apparemment inutile, que quelque chose d'essentiel commence.

O.G - septembre 2025

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